[…] Regardez-moi bien. Je suis la terreur de l’univers, l’ami de la Camarde, la providence des fossoyeurs ; où je passe, il pousse des croix. C’est à peine si mon ombre ose me suivre, tellement je la mène en des endroits périlleux. Si j’entre, c’est par la brèche ; si je sors, c’est par un arc-de-triomphe ; si j’avance, c’est pour me fendre ; si je recule, c’est pour rompre ; si je couche, c’est mon ennemi que j’étends sur le pré ; si je traverse une rivière, elle est de sang, et les arches du pont sont faites avec les côtes de mes adversaires. Je me roule, avec délice, au milieu des mêlées, tuant, hachant, massacrant, taillant d’estoc et de taille, perçant de la pointe. Je jette les chevaux en l’air avec leurs cavaliers, je brise comme fétus de paille les os des éléphants. Aux assauts j’escalade les murs, en m’aidant de deux poinçons, et je plonge mon bras dans la gueule des canons pour en retirer les boulets. Le vent seul de mon épée renverse les bataillons comme gerbes sur l’aire. Quand Mars me rencontre sur un champ de bataille, il fuit, de peur que je ne l’assomme, tout dieu de la guerre qu’il est ; enfin, ma vaillance est si grande, et l’effroi que j’inspire est tel, que jusqu’à présent, apothicaire du Trépas, je n’ai pu voir les braves que par le dos.
Cette question fréquemment posée par les lecteurs et visiteurs de la Bibliothèque nationale de France est aussi celle qui suscite le plus de débat ! Pourtant, nos experts sont formels : contrairement à une idée répandue, l’usage de gants pour manipuler des ouvrages présente des risques majeurs et est fortement déconseillé, sauf dans quelques cas très spécifiques… et rares.
Je n'ai pas lu ce roman. Il y a huit/dix ans, j'eus l'envie – j'ai oublié pourquoi – de le lire, mais on ne le trouvait plus qu'inséré dans un volume d'œuvres complètes de Jules Verne dans La Pléiade… Le voici publié en 2023 aux Éditions du Rey. Peut-être y a t-il eu d'autres rééditions ?
Attention ! Sur la page de l'éditeur, le bidule pour acheter envoie sur amaz*n ; ne cliquez pas et allez indépendamment chez votre libraire dit « indépendant ».
NI MARI NI PATRON NI MARINE NI MACRON
Journal de poésie
Nous aurions pu faire un numéro contre. Contre la division, les invectives, les passions tristes qui mènent au désespoir et à la haine. De l’autre. De nous-mêmes. Ce ressentiment qui nourrit, dans chaque camp, toutes les bêtes intérieures. Nous avons préféré vous proposer un numéro libre et ouvert. Un numéro pour. Un numéro politique mais pas politicien. Un numéro pour nous-même et pour tous. Même pour ceux contre. Bonne lecture et bon vote.
Stéphane Bataillon
J'ai prêté à quelqu'une un roman de Joseph Conrad ; je l'ai ouvert là où elle a laissé son marque-page, et j'y ai lu ceci :
« Chez n'importe qui d'autre, ç'aurait pu être une manifestation d'ennui, un signe d'indifférence ; mais lui, à sa manière secrète, réussissait à donner à son immobilité l'air d'être profondément réceptive, et aussi pleine de précieuses pensées qu’un œuf l’est de substances nutritives. »
Philip K. Dick y reprend des thèmes qui lui sont chers. Les personnages de Joe Protagoras explorent une infinité de mondes parallèles et en fabriquent d’autres. Ils finissent par s’y perdre et ne plus reconnaître le vrai du faux, le modèle de la copie. Mais ces quelques pages vont peut-être plus loin encore, puisqu’elles proposent un concept vertigineux — et plus complexe qu’il n’y paraît — qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans son œuvre : le faux faux, c’est-à-dire le simulacre de contrefaçon, ou encore la fausse copie.
aux éditions Métailié
Lecture commencée aujourd'hui entre deux chroniques martiennes, afin de passer d'un autre monde à un autre monde. Je vous ai choisi cet extrait :
« Elle était d'une grande aide pour le ménage. D'autant plus qu'elle me surveillait. Et elle faisait plus encore : elle m'élevait. Mais sans doute ne le savait-elle pas elle-même ; personne à la yourte ne pouvait savoir autrefois qu'il élevait un enfant, et les enfants n'avaient pas conscience d'être élevés. D'ailleurs, ce mot manquait dans notre langue. »
Dans le deuxième roman que j'ai lu de Michel Bernanos, j'ai relevé cette description :
« Le docteur Gomes était énorme et d’une petite taille qui le faisait paraître tout rond, Son teint olivâtre et ses veux pochés prouvaient que son foie le malmenait, mais sous les paupières gonflées brillait un regard de feu. Il avait une figure épaisse, avec un nez d’un volume nettement au-dessus de la moyenne, agrémenté, sur le côté gauche, d’une verrue aussi imposante qu’une rosette de la Légion d'honneur. Sa chevelure, extraordinaire, tenait de la crinière du lion. Enfin, il parlait avec une voix de tête, et, toutes les fois qu’il ponctuait une phrase, le nez et sa verrue tressautaient. »
Un troisième roman m'attend, et je relirais bien La Montagne morte de la vie…