J'ai prêté à quelqu'une un roman de Joseph Conrad ; je l'ai ouvert là où elle a laissé son marque-page, et j'y ai lu ceci :
« Chez n'importe qui d'autre, ç'aurait pu être une manifestation d'ennui, un signe d'indifférence ; mais lui, à sa manière secrète, réussissait à donner à son immobilité l'air d'être profondément réceptive, et aussi pleine de précieuses pensées qu’un œuf l’est de substances nutritives. »
Philip K. Dick y reprend des thèmes qui lui sont chers. Les personnages de Joe Protagoras explorent une infinité de mondes parallèles et en fabriquent d’autres. Ils finissent par s’y perdre et ne plus reconnaître le vrai du faux, le modèle de la copie. Mais ces quelques pages vont peut-être plus loin encore, puisqu’elles proposent un concept vertigineux — et plus complexe qu’il n’y paraît — qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans son œuvre : le faux faux, c’est-à-dire le simulacre de contrefaçon, ou encore la fausse copie.
aux éditions Métailié
Lecture commencée aujourd'hui entre deux chroniques martiennes, afin de passer d'un autre monde à un autre monde. Je vous ai choisi cet extrait :
« Elle était d'une grande aide pour le ménage. D'autant plus qu'elle me surveillait. Et elle faisait plus encore : elle m'élevait. Mais sans doute ne le savait-elle pas elle-même ; personne à la yourte ne pouvait savoir autrefois qu'il élevait un enfant, et les enfants n'avaient pas conscience d'être élevés. D'ailleurs, ce mot manquait dans notre langue. »
Dans le deuxième roman que j'ai lu de Michel Bernanos, j'ai relevé cette description :
« Le docteur Gomes était énorme et d’une petite taille qui le faisait paraître tout rond, Son teint olivâtre et ses veux pochés prouvaient que son foie le malmenait, mais sous les paupières gonflées brillait un regard de feu. Il avait une figure épaisse, avec un nez d’un volume nettement au-dessus de la moyenne, agrémenté, sur le côté gauche, d’une verrue aussi imposante qu’une rosette de la Légion d'honneur. Sa chevelure, extraordinaire, tenait de la crinière du lion. Enfin, il parlait avec une voix de tête, et, toutes les fois qu’il ponctuait une phrase, le nez et sa verrue tressautaient. »
Un troisième roman m'attend, et je relirais bien La Montagne morte de la vie…