Mon père, à ses premiers balbutiements, eu le dos dévoré par le feu. Il vécu une grande partie de son enfance dans les hôpitaux, ce qui fit naître en lui, à la fois le désir de rester debout (comme il le fut jusqu’à la fin de sa vie), et comme pour conjurer le sort, d’apprivoiser le feu. Il commença par forger le métal, le tordre, le fondre, puis créa sa première cheminée. Il se coupait les cheveux au briquet, attrapait les plats chauds sortis du four à mains nues ou déplaçait les buches à même le feu. J’adorais ça.
J’avais 11 chansons. Dont une exempte de mots, comme une virgule. D’ailleurs, c’est son nom, « Virgule », c’est le septième titre de ce disque. C’est une respiration, une prise d’élan pour venir à bout d’un au revoir ou d’un adieu sans jamais y parvenir. Parce qu’on n’en finit pas de perdre un père. Mais le silence est le berceau des mots. Tout comme la musique.
Des mots j’en avais plein quand il est mort. Jamais les bons bien sûr. On ne sait pas dire adieu et c’est tant mieux. Je les ai posés dans ce berceau que m’avait forgé papa et je les ai regardés grandir, s’agencer dans le désordre de l’amour et s’embraser.
C’est donc un hommage à mon père, feu Dominique Imbert, émissaire du feu.
[damoiseau1671137] — Imbert Imbert, c'est Mathias Imbert et madame Imbert, sa contrebasse. Je vous propose d'aller écouter là le nouvel album alors que je ne l'ai pas écouté moi-même : je vais l'acheter comme j'ai acheté avant les autres œuvres de Imbert Imbert, et je l'écouterai avec le contenant en main ; c'est un livre-disque.